Depuis Tébessa, le Ministre de l’Agriculture, Youcef Cherfa, a annoncé que 2025 sera marquée par l’abondance céréalière. Cette ambition s’inscrit dans le programme stratégique national, avec pour objectif de mettre fin aux importations de blé et d’orge et de préparer l’exportation.

Le secteur agricole algérien est à un tournant majeur. Lors de sa visite dans la wilaya de Tébessa, le Ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Youcef Cherfa, a réaffirmé un objectif stratégique : faire de 2025 l’année de l’autosuffisance céréalière. Cette annonce, faite au cœur d’une région à forte vocation agricole, illustre la volonté des autorités de placer la filière céréalière au centre de la sécurité alimentaire nationale et de réduire la dépendance aux importations.

Selon le Ministre, la campagne agricole 2024-2025 s’annonce exceptionnelle. L’Algérie table sur des rendements inédits en blé et en orge, rendus possibles par des conditions climatiques favorables, l’introduction de semences améliorées et une meilleure gestion des superficies emblavées. L’État met en avant un encadrement technique renforcé et des moyens logistiques accrus pour accompagner les producteurs.

Pains et baguettes sur stand

L’enjeu est clair : transformer cette abondance ponctuelle en une dynamique durable, capable non seulement de couvrir la demande interne mais aussi, à terme, d’ouvrir des perspectives à l’exportation vers les marchés régionaux.

L’un des points critiques de la filière reste la gestion post-récolte. Afin d’éviter les pertes et d’assurer la conservation des volumes récoltés, le gouvernement a lancé plusieurs projets structurants. Parmi eux figurent la construction de nouveaux dépôts de stockage et la mise en place de capacités frigorifiques modernes, essentielles pour sécuriser l’approvisionnement et stabiliser les prix.

À Tébessa, un projet de complexe de stockage et de transformation a été annoncé, avec pour vocation de desservir toute la région Est. Ces infrastructures visent à réduire les goulets d’étranglement logistiques qui pénalisent souvent la rentabilité des exploitations.

La politique d’autosuffisance céréalière repose aussi sur un volet foncier. Le Ministre a rappelé que la régularisation des terres agricoles, notamment celles mises en valeur dans le cadre des concessions, demeure une priorité. Cette sécurisation juridique permet aux exploitants d’investir dans leurs parcelles, d’accéder plus facilement au crédit bancaire et de moderniser leurs outils de production.

Parallèlement, des dispositifs d’appui technique et financier sont renforcés pour accompagner les agriculteurs, en particulier dans les zones à fort potentiel céréalier.

La question énergétique s’invite également dans le débat. Le Ministre a insisté sur la nécessité de garantir un accès régulier et suffisant à l’électricité agricole, un facteur déterminant pour l’irrigation, la mécanisation et la transformation. Plusieurs projets de raccordement et d’extension du réseau électrique sont en cours afin de lever cet obstacle qui freine encore la compétitivité de nombreuses exploitations.

Dans certaines régions, des solutions hybrides, combinant énergie conventionnelle et solaire, sont envisagées pour répondre aux besoins croissants tout en tenant compte des impératifs de durabilité.

Si l’objectif immédiat reste l’autosuffisance nationale, les autorités ne cachent pas leur ambition d’aller plus loin. À moyen terme, l’Algérie souhaite se positionner comme exportateur de céréales, profitant de sa proximité avec les marchés du Maghreb et de la Méditerranée. Cette perspective suppose toutefois la consolidation de la production, la normalisation des standards de qualité et l’intégration des chaînes logistiques internationales.

Pour les acteurs du secteur privé, cette orientation ouvre des opportunités de partenariat, que ce soit dans la fourniture de technologies agricoles, la logistique portuaire ou la transformation agroalimentaire.

L’annonce du Ministre envoie un message clair aux partenaires commerciaux : l’Algérie veut maîtriser son avenir alimentaire. Pour les importateurs traditionnels de blé vers le pays, cette évolution pourrait marquer un rééquilibrage des flux mondiaux. À l’inverse, pour les investisseurs et fournisseurs de solutions agricoles, le marché algérien apparaît comme un terrain fertile en pleine mutation.