Rami Baccour, Directeur Général de Multivac North Africa, en livre une lecture de terrain.
Un pays qui achète des machines, pas seulement des emballages
La photographie du marché algérien est sans ambiguïté. Selon les données du VDMA, l'association allemande des constructeurs de machines, l'Algérie a importé pour 225 millions d'euros de technologies d'emballage en 2024, devant l'Égypte, l'Afrique du Sud, le Maroc et le Nigeria. Sur le segment des technologies plastiques, les importations algériennes ont progressé de 34,6 % par an en moyenne entre 2020 et 2024, passant de 91 à 299 millions d'euros. Le pays est désormais le premier acheteur du continent sur ces deux postes.
Ces chiffres décrivent un cycle d'investissement, pas un effet de rattrapage ponctuel. Encore faut-il savoir ce qu'ils recouvrent côté industriels. Présent sur le marché algérien depuis plusieurs années, le groupe allemand Multivac, spécialiste des solutions de conditionnement et récompensé au concours Djaz'Innov 2025 pour un emballage éco-responsable destiné à la viande fraîche, en propose une lecture directe. Rami Baccour, Directeur Général de Multivac North Africa, décrit l'Algérie comme le marché stratégique du groupe en Afrique du Nord : « L'Algérie est le pays où la demande en solutions de conditionnement progresse le plus rapidement, portée par la croissance de l'agroalimentaire, l'évolution des standards qualité et le besoin croissant d'automatisation. » Les secteurs les plus porteurs pour l'entreprise y sont les produits laitiers, la boulangerie-pâtisserie-viennoiserie, la charcuterie et les produits carnés, ainsi que le médical et le pharmaceutique.
Ce que la loi 25-02 a changé dans l'équation
L'argument environnemental, longtemps périphérique, est entré dans le droit positif algérien. La loi 25-02, publiée au Journal officiel en février 2025, modifie la loi 01-19 relative à la gestion, au contrôle et à l'élimination des déchets. Elle introduit trois principes qui concernent directement les conditionneurs : la responsabilité élargie du producteur, l'éco-conception et le remplacement progressif des produits en plastique à usage unique. Les sanctions ont été revues à la hausse.
Le point à retenir pour un directeur industriel tient à un détail de calcul. Le système public de reprise et de valorisation des déchets d'emballages Eco-Jem, géré par l'Agence nationale des déchets, assoit les droits d'adhésion et les contributions sur la déclaration annuelle du poids total des emballages utilisés. Autrement dit, un gramme retiré d'une barquette n'est plus seulement un geste environnemental : c'est une ligne de charge en moins, répétée sur des millions d'unités.
Le durcissement porte aussi sur l'information portée par l'emballage. Le corpus réglementaire sur l'étiquetage et la présentation des denrées alimentaires, suivi par le ministère du Commerce, impose des mentions obligatoires de plus en plus précises sur l'origine, la composition et l'identification des lots. « Les nouvelles règles encadrant l'usage du plastique à usage unique et la montée des standards qualité poussent les industriels à investir massivement dans des équipements plus fiables, automatisés et capables d'assurer une traçabilité continue », observe Rami Baccour. Un marquage lisible, un codage stable et un scellage contrôlé deviennent des conditions d'accès au marché, pas des options de gamme.

Diviser par deux la quantité de film : où en est la technologie
La réponse technique existe et elle est récente. Les systèmes de chauffage matriciel pixelHEAT et pixelSEAL, développés par Multivac avec Watttron, pilotent la température par pixels individuels au formage et au scellage. Le constructeur annonce jusqu'à 50 % de matière en moins sur un emballage thermoformé, à qualité de formage équivalente, et une réduction comparable de la consommation d'énergie au scellage. La précision de la régulation permet de travailler des films plus fins et des monomatériaux recyclables, longtemps réputés difficiles à souder proprement.
En Afrique du Nord, le déploiement reste au stade de la demande, mais les profils d'utilisateurs sont déjà identifiés : laiteries et fabricants de fromages, industriels de la boulangerie-viennoiserie et des snacks, secteur médical où la qualité de scellage et la traçabilité sont critiques. Pour ces acteurs, l'équation est simple à poser. Le film représente une part significative du coût de revient d'une barquette, et il est importé. Chaque micron gagné se lit directement sur la marge.
Le sous vide et le skin descendent vers les conditionneurs de taille moyenne
Le second mouvement est moins visible mais tout aussi structurant. L'emballage skin sous vide, longtemps réservé aux grands groupes en raison du coût des lignes, devient accessible à des conditionneurs de taille intermédiaire. L'enjeu n'est pas cosmétique. Un produit carné ou fromager mieux protégé tient plus longtemps en linéaire, ce qui réduit les retours, les démarques et les pertes tout au long de la chaîne du froid.
C'est une autre façon de réduire la matière : celle qui n'est pas gaspillée. Dans un marché où la logistique reste exigeante et où les circuits de distribution s'allongent, quelques jours de durée de vie supplémentaires modifient l'économie d'une gamme entière. Ce raisonnement, encore peu formalisé chez les PME algériennes, fait partie des sujets régulièrement abordés lors de l'Agora des Experts et dans les espaces formations du salon.
Les rebuts, gisement de matière le plus sous-estimé
Troisième front : l'automatisation intelligente. Les systèmes de vision pilotés par intelligence artificielle détectent un défaut de scellage, une étiquette illisible ou un contenu incorrect avant que l'écart ne se répète en série. La maintenance devient prédictive plutôt que réactive, sur la base des données machine collectées en continu, ce qui limite les arrêts non planifiés.
« En résumé, Smart Production apporte plus de simplicité, plus de régularité, moins de pertes et une ligne qui s'auto-optimise », indique Rami Baccour. Pour un industriel algérien, la conséquence est concrète : un taux de rebut divisé se traduit en tonnes de film et de produit fini économisées sur l'année, sans investissement supplémentaire en matière première importée.
Alger, avril 2027 : là où se décident les arbitrages
Pour un fournisseur d'équipements, Djazagro est le seul rendez-vous du pays réunissant sur quatre jours l'ensemble de la chaîne de valeur agroalimentaire, de la transformation au conditionnement. « Les visiteurs viennent avec des projets concrets et des besoins », souligne Rami Baccour, qui décrit le salon comme un baromètre du marché autant qu'un catalyseur de projets.
Rendez-vous à Djazagro du lundi 12 avril au jeudi 15 avril 2027 au Palais des Expositions d’Alger - SAFEX.
