Un territoire immense, une terre cultivable rare
Avec 2,38 millions de km², l'Algérie est le plus vaste pays du continent africain. Cette étendue ne se traduit pourtant pas mécaniquement en surfaces cultivables. La majeure partie du territoire est constituée de zones arides et désertiques, et la ressource agricole se concentre sur une frange relativement étroite, principalement au nord et dans les oasis.
Les données du Ministère de l'Agriculture et du Développement rural donnent la mesure de cet écart. La surface agricole totale est estimée à environ 43,98 millions d'hectares, mais près de 8,6 millions d'hectares seulement sont effectivement exploités. Les cultures annuelles en occupent quelque 7,5 millions d'hectares, les cultures pérennes dépassent le million d'hectares. Les céréales dominent largement, avec environ 3,3 millions d'hectares cultivés, principalement en blé dur et en orge.
Malgré cette contrainte, le secteur pèse lourd dans l'économie nationale. L'agriculture contribue à environ 13 % du produit intérieur brut et emploie près de 9 % de la population active, ce qui en fait un pilier social autant qu'économique pour des millions de familles. Les analyses disponibles indiquent par ailleurs que la production agricole nationale couvrirait aujourd'hui près de 75 % des besoins alimentaires du pays, un niveau qui mesure les progrès accomplis dans plusieurs filières et qui éclaire la place accordée à la sécurité alimentaire par les pouvoirs publics. Ce cadrage prolonge celui posé dans le premier volet de cette série, consacré à l'industrie agroalimentaire algérienne, deuxième pilier économique d'un marché en expansion.

L'irrigation, premier levier de la stratégie nationale
Pour renforcer l'autosuffisance et améliorer les performances du secteur, les pouvoirs publics ont engagé une série de programmes visant à augmenter les surfaces cultivées et les rendements. L'extension de l'irrigation en constitue l'axe principal. L'objectif affiché est de porter la superficie des périmètres irrigués, c'est-à-dire les terres bénéficiant d'un système d'irrigation permanent ou contrôlé, à 3 millions d'hectares, contre environ 2,1 millions aujourd'hui.
Cette ambition repose sur la mobilisation de ressources hydriques supplémentaires, y compris les nappes souterraines sahariennes, ainsi que sur la réutilisation d'eaux usées traitées à des fins agricoles. Elle suppose aussi une modernisation des techniques elles-mêmes. Lors de la Conférence nationale sur la modernisation de l'agriculture organisée à Alger en octobre 2025, dont le CIHEAM a rendu compte des travaux, le ministre de l'Agriculture a rappelé que les techniques d'irrigation modernes ne couvrent encore que 15 % des superficies irriguées, et que le pays n'exploite que 7 % des 100 milliards de mètres cubes de précipitations annuelles. La marge de progression est donc considérable.
Le foncier suit le même mouvement. En 2025, l'Office national des terres agricoles a annoncé la mobilisation de 122 000 hectares supplémentaires, répartis sur 66 périmètres agricoles dans 12 wilayas, y compris dans certaines régions sahariennes. La culture du blé figure parmi les priorités de ces zones, avec la mise en culture envisagée de 500 000 hectares et des rendements visés pouvant atteindre 50 quintaux par hectare.
Ce que le budget 2026 engage
Le projet de loi de finances 2026 confirme la priorité accordée au secteur, avec une enveloppe de 764,2 milliards de dinars, soit environ 5,84 milliards de dollars, en progression de 4 %. Ces crédits sont orientés vers la modernisation technologique des exploitations, le développement de l'irrigation et le renforcement des infrastructures de stockage et de logistique agricole.
Ce dernier point n'a rien d'accessoire. Toujours d'après les travaux de la Conférence nationale d'octobre 2025, 20 à 30 % de la production agricole sont perdus chaque année faute d'infrastructures adaptées de stockage et de réfrigération. Le rendement céréalier moyen, limité à 18 quintaux par hectare contre 35 dans des pays au climat comparable, fait également partie des marges de progression identifiées, avec un objectif de 35 à 40 quintaux par hectare à horizon de cinq ans.
Les cibles de production traduisent cette trajectoire. L'Algérie vise 44 millions de quintaux de céréales en 2026, puis 62 millions à l'horizon 2028. Ces volumes supposent autant de capacités nouvelles en réception, séchage, stockage et transformation, un enjeu direct pour les fournisseurs réunis dans les secteurs Process agroalimentaire et Manutention et stockage du salon.
Trois chantiers structurants ouverts en quelques mois
Au-delà des budgets, plusieurs décisions récentes redessinent le cadre dans lequel travaillent les exploitants et leurs fournisseurs.
Un programme stratégique national sur les semences et plants agricoles a été lancé en février 2026. Il vise à développer la production locale de semences certifiées et à réduire la dépendance aux importations, à travers la création de pôles de production spécialisés et de laboratoires de recherche agronomique. Pour les fournisseurs d'intrants et d'équipements de tri, de traitement et de conditionnement, présents dans le secteur Matières premières, ingrédients et additifs, c'est un marché qui se structure.
Les autorités travaillent par ailleurs à une nouvelle loi sur l'orientation agricole et la souveraineté alimentaire, annoncée en mars 2026. Cette réforme doit renforcer la sécurité alimentaire nationale, améliorer la gestion du foncier agricole et encourager l'investissement dans les filières stratégiques.
Enfin, la mécanisation et l'équipement des exploitations figurent explicitement parmi les engagements pris par le gouvernement lors de la Conférence nationale d'octobre 2025, aux côtés de l'intégration de technologies de pointe et de l'encouragement à l'innovation dans les pratiques agricoles.
Des partenariats internationaux qui accélèrent le mouvement
À ces politiques publiques s'ajoutent plusieurs projets et coopérations qui témoignent de l'intérêt d'investisseurs étrangers et d'institutions internationales pour l'agriculture algérienne.
Dans la région saharienne d'El Ménéa, un projet agricole algéro-saoudien prévoit le développement d'un périmètre de 20 000 hectares, pour un investissement estimé à 12 milliards de dinars, soit environ 80 millions d'euros. Il est destiné notamment à la production de céréales et de cultures fourragères grâce à des systèmes d'irrigation modernes.
Dans les zones steppiques, un programme international d'adaptation climatique soutenu par le Fonds d'adaptation des Nations unies et le Fonds international de développement agricole, doté d'environ 10 millions de dollars, vise à renforcer la résilience des systèmes agricoles en milieu aride.
La coopération scientifique se poursuit avec le CIHEAM, dont l'Algérie est membre depuis 1986, autour de la recherche agronomique, de la modernisation des pratiques et du développement de systèmes agricoles durables. Elle se prolonge avec l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, dont le Cadre de Programmation par Pays 2023-2027 fait de la diversification économique et du renforcement des filières stratégiques, dont les céréales et le lait, l'une de ses quatre priorités en Algérie. Un partenariat avec la Société financière internationale, filiale du Groupe Banque mondiale dédiée au secteur privé, serait par ailleurs en discussion depuis février afin de soutenir le financement de projets agricoles et agro-industriels et de renforcer les chaînes de valeur.
Quand l'agritech entre dans les exploitations
Le développement de ces projets est largement favorisé par la diffusion de l'agritech, qui transforme progressivement les chaînes de valeur agricoles du pays. Les solutions numériques améliorent l'accès à l'information, optimisent l'irrigation et facilitent l'écoulement des produits vers les marchés.
Grâce à l'imagerie satellite, aux données climatiques et aux applications de traçabilité, les producteurs planifient mieux leurs cultures et réduisent leurs pertes après récolte. Ces outils favorisent aussi la mise en relation directe entre agriculteurs, transformateurs et distributeurs, ce qui renforce l'efficacité et la durabilité de l'ensemble de la chaîne. La nouvelle orientation gouvernementale va dans le même sens, articulée autour d'un conseil scientifique national pour la sécurité alimentaire, d'un système d'information agricole unifié et d'un recours accru aux technologies satellitaires et à l'intelligence artificielle.
Une filière qui cherche ses équipements à Alger
Tous ces chantiers appellent des machines, des procédés, des ingrédients et des solutions logistiques. C'est ce que vous retrouvez dans les allées de Djazagro, dont les huit secteurs couvrent l'ensemble de la chaîne de valeur, du process agroalimentaire à l'emballage et conditionnement en passant par les produits alimentaires et boissons.

Autour de l'exposition, plusieurs rendez-vous prolongent la réflexion. L'Agora des Experts propose un programme de conférences animées par des spécialistes du secteur. Le concours Djaz'Innov met en lumière les innovations présentées par les exposants en produits, services, équipements ou procédés. L'exposition Djaz'Pack se concentre sur l'emballage, maillon décisif de la valorisation des productions locales. Enfin, l'Espace Formations met en relation les jeunes générations avec les écoles et organismes spécialisés, un enjeu direct pour un secteur en cours de modernisation technique.
Rendez-vous du lundi 12 au jeudi 15 avril 2027
La prochaine édition de Djazagro se tiendra du lundi 12 au jeudi 15 avril 2027, au Palais des Expositions d'Alger - SAFEX. Quatre jours pour rencontrer fournisseurs et partenaires, comparer les solutions disponibles et situer vos projets dans une filière qui se transforme vite.
