Pendant le salon, le Jury a remis son Prix Spécial à Promec pour le Sincrojet Linear Combiblock, un équipement qui réunit dans une seule machine la souffleuse, la remplisseuse et la boucheuse d'une ligne PET. Derrière la distinction se cache une question technique qui intéresse directement les industriels algériens des boissons. Que gagne-t-on, exactement, à supprimer les quelques mètres de convoyage qui séparent habituellement ces trois machines ?
Le rinçage, un poste qui disparaît de la ligne
Sur une ligne classique, la bouteille sortie de la souffleuse voyage par convoyeur à air jusqu'à une rinceuse, qui la traite à l'eau stérile ou à l'aide de solutions désinfectantes avant qu'elle n'atteigne la remplisseuse. Ce trajet a un coût : de l'eau, de l'électricité, des filtres, et une exposition à l'air ambiant qu'il faut ensuite compenser.
L'architecture retenue par Promec supprime purement et simplement cette étape. Les préformes sont chauffées à haute température, soufflées, puis transférées directement vers la remplisseuse sans passer par un rinçage. « Les avantages sont une moindre consommation d'énergie, il n'y a pas de consommation d'eau comme dans les rinceuses, les machines sont plus hygiéniques, avec une plus grande attention portée à l'ergonomie et aux enjeux de durabilité », résume l'entreprise. Le niveau d'hygiène est assuré par la chaleur elle-même, complétée par une cabine à flux laminaire équipée de filtres HEPA, et que la machine est conçue selon les critères de conception hygiénique promus par l'EHEDG, la fondation européenne de référence en la matière.
L'argument porte particulièrement en Algérie, classée par l'Aqueduct Water Risk Atlas du World Resources Institute parmi les pays en situation de stress hydrique élevé. Pour un site de production, chaque mètre cube non prélevé est aussi un mètre cube qu'il ne faut ni traiter, ni rejeter, ni payer.
Un verrou mécanique entre le linéaire et le rotatif
L'intérêt technique du Sincrojet tient moins à la combinaison des fonctions qu'à la manière dont elle est obtenue. Sur les capacités petites et moyennes, le soufflage des préformes se fait le plus souvent en linéaire, par cycles, tandis que le remplissage est rotatif et continu. Marier les deux revient à synchroniser deux logiques de mouvement incompatibles, ce qui explique que les blocs combinés soient longtemps restés cantonnés aux installations à très haute cadence, entièrement rotatives et lourdement capitalisées.

La réponse de Promec passe par un dispositif de synchronisation à chaîne, équipé de pinces qui saisissent la bouteille par le col et la remettent à la remplisseuse rotative. Tout se joue sur le changement de pas, c'est-à-dire le passage d'un entraxe de bouteilles à un autre entre les deux machines, résolu ici sans électronique de rattrapage. « Nous avons breveté un système très simple et mécanique pour effectuer le changement de pas de la souffleuse à la remplisseuse », explique l'entreprise. « Avec un système très compact et économique, nous réussissons à combiner trois machines en une. » La cadence annoncée atteint 16 000 bouteilles par heure, soit précisément le segment où se situe une large part des embouteilleurs algériens, loin des mégalignes à 60 000 bouteilles par heure.
La conséquence sur l'investissement est directe. Sans convoyeur à air, la ligne se passe de silo, de système d'orientation, de filtration d'air et des changements de format associés à ces équipements. Un seul opérateur suffit à conduire l'ensemble.

L'allègement des bouteilles devient un sujet de trésorerie
Ce mode de transfert par le col n'est pas un détail. Il conditionne la capacité d'un industriel à alléger ses bouteilles, car une bouteille très légère supporte mal le convoyage à air, où elle se déforme et se couche. Le constructeur positionne d'ailleurs explicitement sa machine comme adaptée aux contenants ultra-légers.
Or l'allègement est en Algérie un enjeu économique avant d'être un enjeu environnemental. Le président de l'Association des producteurs algériens de boissons (APAB), Ali Hamani, relevait en 2025 que les rares tensions sur les prix venaient de l'indexation sur les intrants importés, au premier rang desquels le PET utilisé comme matériau d'emballage. Chaque gramme retiré de la préforme est donc une devise économisée.
Les marges de manœuvre existent. Selon les données de l'ADEME, du Conseil national de l'emballage et d'Eco-Emballages relayées par la Maison des Eaux Minérales Naturelles, la bouteille de 1,5 litre en PET a déjà perdu 15 % de son poids entre 1997 et 2009, et le mouvement s'est poursuivi depuis. Le choix de la machine détermine jusqu'où un embouteilleur peut aller dans cette direction.
Le gisement est significatif au regard des volumes en jeu. Dans ce même entretien, Ali Hamani chiffrait la consommation algérienne 2024 à 2,10 milliards de litres d'eaux embouteillées, soit 52,5 litres par habitant, 1,5 milliard de litres de boissons rafraîchissantes gazeuses et non gazeuses, et 0,7 milliard de litres de jus de fruits. Un marché qui couvre à 100 % les besoins de consommation nationale, dont 85 % assurés par les seules entreprises adhérentes de l'APAB.
Compacité, énergie et surface au sol
Le reste des gains relève de l'ingénierie fine. La souffleuse est entièrement électrique, animée par des moteurs brushless, et ses fours de chauffage compacts abaissent le coût énergétique unitaire de la bouteille. L'unité de soufflage récupère et recycle plus de 30 % de l'air comprimé, poste habituellement le plus vorace d'un atelier PET. La remplisseuse fonctionne sans contact entre les vannes et les bouteilles, avec un dosage volumétrique par débitmètre magnétique ou massique.
L'encombrement réduit et les temps de changement de format raccourcis complètent le tableau. Le marché algérien de l'emballage reste dépendant de machines spécifiques largement importées, qu'il s'agisse d'impression, de thermoformage ou d'injection plastique, dans un contexte où de nouvelles réglementations visent à réduire l'usage du plastique à usage unique. Un équipement qui divise par trois le nombre de machines à acquérir, à entretenir et à faire évoluer y pèse donc autant que la cadence brute.
Ouvrir la ligne aux produits sensibles
Une version Ultraclean étend le champ d'application. Les préformes y sont stérilisées au peroxyde d'hydrogène, ce qui permet d'obtenir des bouteilles stériles, y compris non cylindriques ou avec poignée, destinées au lait frais, au lait ESL et aux jus de fruits. Cette orientation rejoint une évolution documentée du marché algérien, où les consommateurs se détournent progressivement des sodas au profit des jus, des nectars, des boissons aromatisées et des eaux embouteillées.
Elle s'inscrit surtout dans une continuité. Promec avait déjà remporté le tout premier Prix Spécial du Jury de Djaz'Innov en 2024 avec le FILL-JET UC, précisément une remplisseuse ultra-propre, avant de figurer parmi les finalistes de l'édition 2025 avec un brevet portant sur la manipulation des contenants par vis sans fin à deux sections motorisées indépendamment. Trois éditions, trois étapes d'un même travail sur la flexibilité de format et l'hygiène. « Chaque année nous déposons des brevets », confirme l'entreprise, qui appartient à un groupe réunissant également Promec Blowtec, spécialisée dans l'étirage-soufflage du PET et les moules, et Melegari Technology, historiquement tournée vers les machines de remplissage.
Ce que vingt ans de présence à Alger disent du marché
Le dernier enseignement de cet échange est commercial. « Nous venons habituellement à Djazagro depuis une vingtaine d'années », rappelle Promec. Une fidélité qui s'explique simplement. « C'est la possibilité de rencontrer des clients que nous avons du mal à rencontrer autrement, puisqu'il faudrait aller les visiter un par un. C'est une opportunité de trouver de nouveaux clients, mais surtout de retrouver nos clients habituels, car notre société a beaucoup de machines vendues sur ce territoire. »
Pour un fournisseur de biens d'équipement, un parc installé est un actif qui se cultive. Pièces détachées, mises à niveau, changements de format, adaptations à de nouveaux produits : la valeur se joue sur la durée, et le salon fonctionne comme le point de rendez-vous annuel de cette relation de service. C'est aussi ce qui explique la densité du secteur process agroalimentaire.
L'entreprise espère d'ailleurs présenter une nouvelle innovation lors de la prochaine édition du salon.
Rendez-vous en 2027
La vraie question n'est plus technique mais économique. Un bloc combiné se justifie quand la ligne tourne assez pour amortir l'intégration, et quand le producteur accepte de lier son soufflage et son remplissage dans un même investissement, avec ce que cela suppose en cas d'immobilisation. Rendez-vous du lundi 12 au jeudi 15 avril 2027 au Palais des Expositions d'Alger, la SAFEX. Le concours Djaz'Innov y distinguera une nouvelle fois les innovations du secteur. Promec, qui travaille déjà sur une nouvelle candidature, sera présent.
