Céréales, maraîchage, élevage, irrigation, mégaprojets à Adrar ou Timimoun, ouverture vers la ZLECAf : le deuxième chapitre du livre blanc Djazagro montre comment l’agriculture algérienne se modernise et renforce ses liens avec l’industrie agroalimentaire.
Publié le 02 novembre 2026 à 8:10 | Modifié le 02 novembre 2026 à 6:30

Après un premier chapitre consacré au poids économique du secteur, le livre blanc de Djazagro, « L’industrie agroalimentaire en Algérie : tendances et perspectives », s’intéresse à l’amont de la filière. Pour les industriels, la question est centrale : la disponibilité et la qualité des matières premières agricoles conditionnent directement les capacités de transformation locales.

Ce deuxième chapitre présente les grandes filières du pays, les actions engagées pour moderniser les exploitations, les projets agricoles qui se développent dans le Sud avec des partenaires étrangers, ainsi que les ambitions de l’Algérie sur les marchés extérieurs. Voici ce chapitre dans son intégralité.

Une agriculture aux potentiels multiples

Avec ses 2,38 millions de km², l’Algérie est le plus grand pays d’Afrique et détient un potentiel agricole considérable. Dans un contexte de renforcement de la sécurité et de la souveraineté alimentaires et de diversification économique, plusieurs priorités se définissent : mieux valoriser les ressources nationales, développer des filières compétitives et renforcer les liens entre production agricole et industrie agroalimentaire.

L’agriculture algérienne en chiffres

L’agriculture représente aujourd’hui un pilier important de l’économie algérienne :

  • 13 % du PIB national et près de 9 % de la population active
  • environ 75 % des besoins alimentaires couverts par la production nationale

Le pays dispose de 43,98 millions d’hectares de superficie agricole, dont 8,6 millions d’hectares exploités.

Parcelles agricoles et terres cultivées, grandes filières de l'agriculture algérienne et de ses productions

Les grandes filières agricoles

Les céréales, au cœur de la sécurité alimentaire, couvrent 3,3 millions d’hectares cultivés, principalement en blé dur, blé tendre et orge, avec près de 3 millions de tonnes de blé et 1,2 million de tonnes d’orge produites chaque année.

Le maraîchage et l’arboriculture constituent des filières majeures, avec plus de 15,6 millions de tonnes de légumes, dont 4,4 millions de tonnes de pommes de terre, ainsi qu’une production fruitière diversifiée : 1,2 million de tonnes de dattes, 1,7 million de tonnes d’agrumes, raisins, figues et autres fruits méditerranéens. L’Algérie figure désormais parmi les cinq premiers producteurs mondiaux d’abricots.

Les productions animales reposent sur un cheptel important (19 millions d’ovins, 4,8 millions de caprins, 1,9 million de bovins et 385 000 camelins) et sur le développement des filières lait et aviculture.

Les filières émergentes offrent de nouvelles perspectives : légumineuses, oléagineuses, huile d’olive (150 000 tonnes prévues en 2025-2026) et aquaculture, avec près de 200 projets engagés et un objectif de 100 000 tonnes d’ici 2030.

Les principales actions en faveur de la modernisation agricole

L’agriculture algérienne doit également répondre à des limites structurelles liées à l’aridité et au stress hydrique du pays.

Le projet de loi de finances 2026 renforce les moyens consacrés au développement des infrastructures agricoles, avec une enveloppe de 764,2 milliards de dinars, soit environ 5,84 milliards de dollars (+4 %).

De nombreux axes d’action sont mis en œuvre pour accompagner la transformation du secteur :

Favoriser l’irrigation

L’extension des périmètres irrigués constitue l’un des principaux segments de cette stratégie, avec l’objectif d’atteindre 3 millions d’hectares irrigués, contre environ 2,1 millions aujourd’hui, grâce à la mobilisation de nouvelles ressources hydriques et infrastructures.

Étendre les surfaces cultivées

La mise en valeur de nouveaux territoires se poursuit, notamment dans les régions sahariennes. En 2025, 122 000 hectares supplémentaires ont ainsi été intégrés au sein de 66 périmètres agricoles répartis dans 12 wilayas.

Améliorer la productivité des exploitations

La modernisation des équipements, le développement de la mécanisation, le renforcement de la recherche agronomique ainsi que la production de semences certifiées visent à accroître fortement les rendements et la performance des filières.

Accélérer la transition numérique de l’agriculture

L’essor de l’Agritech favorise une gestion plus précise des cultures grâce à l’imagerie satellite, aux données climatiques, aux outils de traçabilité et aux solutions numériques permettant d’optimiser l’utilisation des ressources et de limiter les pertes post-récolte.

Des projets qui redessinent la géographie agricole et les filières alimentaires

Depuis 2024, plusieurs projets agricoles structurants illustrent l’accélération des investissements nationaux et étrangers et la coopération scientifique internationale dans les territoires algériens.

Adrar, une filière lait complète dans le Sahara

Mené avec le groupe qatari Baladna, ce projet vise à développer une production laitière intégrée sur 117 000 hectares, avec un investissement de 3,5 milliards de dollars. Il prévoit l’élevage de plus de 270 000 têtes de bétail, une production annuelle estimée à 1,7 milliard de litres de lait et une unité de poudre de lait.

Objectif : consolider la sécurité alimentaire.

Timimoun, une chaîne de valeur céréales-légumineuses tournée vers la transformation

La joint-venture Bf Al Djazair, associant le Fonds National d’Investissement algérien et le groupe italien Bonifiche Ferraresi, prévoit l’exploitation de 36 000 hectares et un investissement de 420 millions de dollars. Le projet associe production de céréales et légumineuses à la construction d’une usine de pâtes destinée notamment à l’export.

Objectif : passer de l’exploitation agricole à une ligne de production intégrée.

El Ménéa, développer les cultures stratégiques en zone saharienne

Ce partenariat agricole algéro-saoudien prévoit la mise en valeur d’un périmètre de 20 000 hectares grâce à des systèmes d’irrigation modernes. Avec un investissement estimé à environ 80 millions d’euros, le projet vise principalement la production de céréales et de cultures fourragères dans une nouvelle zone agricole saharienne.

Objectif : accroître les capacités productives nationales.

Relizane, élargir les systèmes d’aquaculture

Mobilisant 8 millions de dollars, ce projet entend développer la production locale de crevettes et la fabrication d’aliments pour poissons. Il illustre la diversification progressive des productions alimentaires algériennes au-delà des filières agricoles traditionnelles.

Objectif : lancer une filière aquacole à potentiel de croissance.

L’export : une forte ambition internationale

Les exportations agricoles et alimentaires algériennes connaissent une tendance positive, avec une progression d’environ 13 % entre janvier et juillet 2025, favorisée par une meilleure structuration des chaînes de valeur.

Porte-conteneurs à quai vu du ciel, export agroalimentaire algérien vers l'Afrique et l'Europe

Les dattes figurent parmi les principales exportations agricoles, avec environ 83 000 tonnes exportées. Les pouvoirs publics visent 250 millions de dollars d’exportations annuelles et une présence dans 150 pays.

L’agriculture et l’agroalimentaire sont appelés à contribuer à l’objectif national de porter les exportations hors hydrocarbures à 30 milliards de dollars à l’horizon 2030. Une meilleure valorisation des excédents agricoles permet d’orienter certaines productions vers les marchés extérieurs tout en préservant l’équilibre du marché intérieur.

Trois marchés prioritaires

Union européenne. Un marché historique bénéficiant de l’accord d’association UE-Algérie et d’infrastructures logistiques bien développées.

Afrique, ZLECAf. Un espace continental de 55 pays qui facilite les échanges intra-africains.

Marchés arabes, GZALE. Un cadre régional facilitant les échanges grâce à la réduction progressive des barrières douanières.

La ZLECAf : une opportunité stratégique pour les exportateurs algériens

Regard d’expert : « Un immense marché s’ouvre aux entreprises algériennes avec le développement du commerce intra-africain. » (Toufik Hadkeheil, Président du CAFLEX, Cluster Algérien des Fruits et Légumes à l’Export)

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) prévoit la suppression progressive des droits de douane sur 90 % des lignes tarifaires. Pour les entreprises agroalimentaires algériennes, elle représente une opportunité majeure de diversification des débouchés, soutenue par les infrastructures régionales : le corridor transsaharien Alger-Lagos, la liaison routière vers Nouakchott et le renforcement des connexions maritimes et aériennes avec l’Afrique.

Des champs aux usines, une filière qui se rencontre à Djazagro

Ces grands projets agricoles concernent directement les industriels : chaque hectare mis en valeur et chaque nouvelle unité laitière ou céréalière alimentent les lignes de transformation, de conditionnement et de stockage du pays. Le chapitre suivant du livre blanc Djazagro montre justement comment les entreprises algériennes transforment localement les céréales, le lait, les fruits et les légumes pour créer plus de valeur.

La newsroom du salon suit de près ces dynamiques et a notamment consacré un article au projet Baladna d’Adrar. Ces sujets nourrissent chaque année les échanges de l’Agora des Experts, où industriels, chercheurs et institutions abordent la sécurité alimentaire, l’export, la qualité ou les compétences.

La prochaine édition de Djazagro se tient du lundi 12 au jeudi 15 avril 2027 au Palais des Expositions d’Alger - SAFEX. Fournisseurs d’équipements, d’ingrédients, de solutions d’emballage, de transport et de stockage y retrouvent les industriels qui préparent leurs investissements face à la montée en puissance de la production agricole nationale.