L’Italie a fait inscrire sa cuisine au patrimoine de l’UNESCO, l’Espagne investit des millions pour raconter son huile d’olive. L’Algérie dispose des mêmes fondamentaux méditerranéens, de la datte Deglet Nour à la semoule de blé dur. Il lui reste à en faire un récit qui parle aux acheteurs comme aux consommateurs.
Publié le 19 octobre 2026 à 6:58 | Modifié le 19 octobre 2026 à 7:20

L’Italie a fait inscrire sa cuisine au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Pour le pays, cette reconnaissance couronne des décennies de récits construits autour des produits, des familles de producteurs et des terroirs.

L’Algérie partage une grande partie de ces fondamentaux. Huile d’olive, semoule de blé dur, dattes et recettes familiales composent une alimentation proche du modèle méditerranéen. L’histoire de ces produits reste largement à écrire. Pour les industriels et les marques de la filière, ce récit méditerranéen est un levier commercial à part entière, d’abord sur le marché algérien, puis au-delà.

Simplicité, origine, transparence : ce que recherchent les acheteurs

En Europe, la cuisine méditerranéenne suscite un fort intérêt. Le magazine britannique Speciality Food recommande ainsi aux commerçants de valoriser des ingrédients de qualité qui demandent peu de préparation, des recettes transmises de génération en génération et des entreprises souvent familiales. Il conseille aussi de mettre en avant les listes d’ingrédients courtes et de suivre les saisons, comme le font les producteurs, plutôt que de proposer la même offre toute l’année.

Les études confirment cette tendance. Selon Innova Market Insights, un consommateur européen sur deux privilégie une approche naturelle ou « clean label » pour bien manger. Près de deux sur trois revoient leurs achats après avoir lu la liste des ingrédients. Connaître l’origine des ingrédients compte pour 48 % des Britanniques et jusqu’à 60 % des Espagnols.

Ces attentes se retrouvent en Algérie. Le livre blanc Djazagro « L’industrie agroalimentaire en Algérie : tendances et perspectives » observe que l’urbanisation, l’évolution des rythmes de vie et l’accès à l’information transforment les comportements d’achat. Les consommateurs regardent davantage la qualité des produits, leur composition, leur sécurité sanitaire et la transparence des informations de production. Pour les industriels, ces critères deviennent des facteurs de différenciation. Une huile dont on connaît le village, une datte dont on connaît la palmeraie ou une semoule dont on connaît le blé répondent directement à ces exigences.

Dattes, huile d’olive, semoule : que pèse l’offre algérienne ?

La Deglet Nour, une signature déjà reconnue

L’Algérie a produit environ 1,3 million de tonnes de dattes en 2023. Elle se place au troisième rang mondial, derrière l’Égypte et l’Arabie saoudite, selon World Population Review. Le pays compte plus de 18 millions de palmiers dattiers, d’après EcoTimes DZ. Sa variété phare s’est aussi imposée dans les classements internationaux. En janvier 2026, le guide gastronomique TasteAtlas classait la Deglet Nour deuxième meilleure datte au monde, juste derrière la Siwi égyptienne, rapporte Algérie Eco.

La Deglet Nour dispose d’un outil de valorisation précieux. La « Datte Deglet Nour de Tolga » est protégée comme indication géographique depuis le 22 septembre 2016. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle accompagne le groupement de producteurs pour renforcer sa gouvernance, ses contrôles et sa stratégie de commercialisation.

Sur le marché national, la datte est un produit bien valorisé. En avril 2025, le président Abdelmadjid Tebboune rappelait qu’elle s’y vend entre 500 et 800 dinars le kilo selon la distance avec Biskra, et appelait à satisfaire d’abord la demande intérieure, rapporte TSA. Les exportations ont atteint 83 000 tonnes en 2023, pour un peu plus de 73 millions de dollars. Un récit d’origine solide sert ces deux débouchés à la fois.

Pichet en verre rempli d’huile d’olive, accompagné d’olives vertes et noires et de rameaux d’olivier sur une planche en bois.

Huile d’olive : des volumes en hausse et des visages 

La filière oléicole progresse elle aussi. Selon le Conseil oléicole international, la production algérienne d’huile d’olive est passée de 64 000 tonnes en 2023/24 à 85 000 tonnes en 2024/25 (chiffre provisoire). La quasi-totalité de cette huile est consommée dans le pays, comme le rappelle l’analyse consacrée à l’oléiculture algérienne.

Derrière ces volumes, des histoires de familles émergent. À Djelfa, Hakim Alileche cultive 15 000 oliviers de variété Chemlal en agriculture biologique, sur un domaine de 40 hectares. Il perpétue la tradition oléicole de sa famille et a baptisé sa marque Dahbia, du nom de sa mère et de son épouse. Son huile a reçu une médaille d’argent au concours NYIOOC 2026. Variété locale, terroir identifié, histoire familiale et distinction internationale composent ici un récit complet.

La semoule et le couscous, un patrimoine partagé

Le blé dur occupe une place centrale dans l’alimentation algérienne. Les céréales assurent 59 % de l’apport calorique quotidien, selon les travaux de Hamidi Ouheb (2022) cités dans l’analyse des modèles alimentaires du pays. Cette analyse cite le pain, la semoule et le couscous, tous issus du blé dur.

Le couscous bénéficie en outre d’une reconnaissance internationale. En 2020, l’UNESCO a inscrit les savoirs, savoir-faire et pratiques liés à sa production et à sa consommation au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, sur proposition conjointe de l’Algérie, de la Mauritanie, du Maroc et de la Tunisie. L’inscription couvre toute la chaîne, de la culture du grain au roulage et à la cuisson à la vapeur. Elle met aussi en avant les valeurs de solidarité et de partage associées au plat. Pour les semouleries et les fabricants de couscous, c’est un point d’appui culturel à valoriser.

Italie, Grèce, Espagne : trois façons de raconter la Méditerranée

L’Italie a fait de sa cuisine un actif économique. En décembre 2025, elle est devenue la première cuisine nationale reconnue dans son ensemble par l’UNESCO. Selon une analyse de Coldiretti fondée sur les données du Deloitte Foodservice Market Monitor 2025, citée par Euronews, la cuisine italienne pèse 251 milliards d’euros dans le monde, en hausse de 5 % sur un an. L’inscription consolide un récit construit autour de la transmission, des recettes familiales et de la diversité des territoires.

La Grèce s’appuie sur ses appellations. La feta est enregistrée comme appellation d’origine protégée européenne depuis 2002. La Cour de justice de l’Union européenne a confirmé cette protection dans un arrêt du 25 octobre 2005. Elle y relevait que, dans d’autres États membres, la feta était généralement vendue avec des étiquettes évoquant les traditions et la civilisation grecques. L’imaginaire d’un pays a donc une valeur commerciale bien réelle.

L’Espagne raconte son huile d’olive aussi bien chez elle qu’à l’étranger. L’interprofession Aceites de Oliva de España a mené au second semestre 2025 la campagne « Complemento Perfecto » sur son marché national, afin de rajeunir le profil des acheteurs d’huile d’olive vierge extra. D’après les données Worldpanel by Numerator publiées par l’interprofession, environ 342 000 nouveaux foyers ont acheté ce produit en 2025, et les ventes ont progressé d’environ 3 %. En juillet 2026, la même interprofession a lancé aux États-Unis All in a Drop, une campagne de 22 millions d’euros sur trois ans, centrée sur l’origine, la diversité des huiles et les moments de partage à table.

Ces trois pays construisent leur récit sur la durée, et souvent à partir de leur marché domestique. Les consommateurs locaux deviennent les premiers ambassadeurs des produits.

Du verger à l’étiquette, bâtir le récit algérien

Pour les industriels algériens, plusieurs leviers sont déjà à portée de main. L’indication géographique, à l’image de la Deglet Nour de Tolga, apporte une garantie d’origine que le consommateur comprend immédiatement. Le nom des variétés (Deglet Nour, Chemlal), celui des régions (Biskra, Tolga, Djelfa, Kabylie) et l’histoire des familles productrices donnent de la profondeur aux marques.

L’emballage porte ce récit jusqu’au point de vente. Une liste d’ingrédients courte, une origine lisible et un visuel fidèle au produit répondent aux attentes de transparence relevées par le livre blanc Djazagro. Le secteur Djaz Pack réunit les fournisseurs de matériaux d’emballage, de solutions d’étiquetage et de lignes de conditionnement qui permettent de traduire cette identité sur les rayons.

La restauration et l’hôtellerie forment un autre relais. Les chefs et les établissements qui mettent en avant une huile de terroir ou des dattes d’origine identifiée contribuent à la notoriété des produits. Pour 2027, le secteur Djaz Food & Beverage rapproche les produits alimentaires et boissons de l’hôtellerie et de la restauration, deux univers qui gagnent à raconter la même histoire.

Le prochain Djazagro se tiendra du lundi 12 au jeudi 15 avril 2027, au Palais des Expositions d’Alger - SAFEX. Les entreprises qui développent des produits du terroir algérien peuvent y présenter leurs nouveautés au concours Djaz’Innov. Quatre jours pour faire de l’origine méditerranéenne de l’Algérie un argument que les acheteurs retiennent.

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