Usines remises en service, nouvelles laiteries, recettes moins sucrées, boissons enrichies, fromages de terroir : le troisième chapitre du livre blanc Djazagro suit les filières qui donnent une nouvelle valeur aux productions agricoles algériennes.
Publié le 04 novembre 2026 à 9:00 | Modifié le 04 novembre 2026 à 5:01

Après l’économie du secteur puis l’agriculture et ses grands projets, le livre blanc de Djazagro, « L’industrie agroalimentaire en Algérie : tendances et perspectives », arrive au cœur de l’outil industriel. Ce troisième chapitre s’intéresse à l’étape où le blé devient semoule, le lait devient yaourt et le fruit devient jus.

Minoteries, laiteries, biscuiteries, fabricants de boissons et fromagers artisanaux y racontent la même dynamique : produire davantage sur place, à partir des ressources du pays. Voici ce chapitre dans son intégralité.

Transformer davantage, créer plus de valeur

L’industrie algérienne de demain se construit aujourd’hui

Environ 40 % de la valeur ajoutée industrielle hors hydrocarbures est associée aux industries agroalimentaires. Les IAA représentent également près de la moitié du PIB industriel et concentrent 40 % des effectifs du secteur manufacturier.

L’agriculture fournit la matière première ; l’industrie lui donne une nouvelle valeur. Cette articulation devient déterminante pour le secteur agroalimentaire algérien, à mesure que le pays renforce ses capacités de production locales et réduit sa dépendance à certains approvisionnements extérieurs.

La transformation permet de prolonger la durée de vie des produits, d’en sécuriser la qualité, de développer de nouvelles gammes et de répondre à des usages plus diversifiés. Elle crée également des opportunités inédites pour les entreprises capables de produire localement des ingrédients, des formulations ou des solutions adaptées aux besoins des industriels.

Plusieurs secteurs sont concernés : céréales et produits céréaliers, lait et produits laitiers, boissons, fruits et légumes transformés, biscuits, arômes ou encore produits fonctionnels. Dans chacun d’eux, les industriels avancent autour de trois enjeux :

  • Quels produits peuvent être fabriqués sur place ?
  • Quelle part de la matière première peut être valorisée localement ?
  • Quels savoir-faire et équipements permettent d’aller plus loin dans la transformation ?

Un écosystème qui se structure

Les réponses à ces défis prennent forme dans les entreprises, à travers de nouvelles capacités de production, l’intégration progressive des matières premières locales et la diversification des produits élaborés en Algérie.

Mains d'agriculteur laissant couler des grains de blé, matière première des céréales transformées en Algérie

Céréales et produits laitiers : renouveler des filières historiques

Certaines filières illustrent l’évolution de l’industrie agroalimentaire algérienne. C’est le cas des céréales : en 2022, l’Algérie comptait environ 432 minoteries, avec une capacité théorique de transformation estimée à près de 13 millions de tonnes par an.

Sur le terrain

Corso : une capacité industrielle remise en service (Wilaya de Boumerdès)

Après 21 années d’arrêt, le complexe agro-industriel de Corso a repris son activité en août 2024 après réhabilitation. Sa minoterie peut produire près de 400 tonnes de farine par jour, tandis que ses 36 silos offrent une capacité de stockage de 100 000 tonnes.

Cette base industrielle alimente une seconde transformation particulièrement variée : farines, semoules, pâtes alimentaires, couscous, biscuits et produits de boulangerie.

La filière laitière suit une trajectoire similaire, avec un enjeu supplémentaire : renforcer l’intégration entre élevage, collecte et transformation. L’industrie transforme aujourd’hui environ 2,1 milliards de litres de lait par an, tandis que plusieurs investissements visent à accroître les capacités de traitement et de production locales.

La gamme proposée aux consommateurs s’élargit : lait pasteurisé ou UHT (ultra-haute température), yaourts, desserts et autres produits laitiers offrent autant de débouchés pour une matière première dont la valorisation industrielle conserve un potentiel important.

Sur le terrain

Rouiba : une nouvelle génération d’unités laitières (Alger)

Inaugurée en février 2026, la nouvelle usine de Giplait à Rouiba vante une capacité de plus de 1,2 million de litres de lait par jour, dont 1 million de litres de lait pasteurisé et une ligne UHT de 15 000 litres par heure, destinés à l’approvisionnement du marché national.

Biscuits, boissons, jus : élargir les terrains de la valeur ajoutée

La transformation gagne progressivement de nouvelles catégories de produits. La boulangerie et la biscuiterie constituent un premier terrain de diversification. La maîtrise du sucre devient un axe de travail, avec une recherche d’équilibre entre gourmandise et profil nutritionnel.

Sur le terrain

Biscuiterie SAI : faire évoluer le produit sans perdre sa gourmandise

L’entreprise algérienne développe plusieurs gammes, du biscuit petit-déjeuner aux produits fourrés, nappés ou chocolatés. Les portions individuelles et les mini-formats répondent à une consommation plus occasionnelle.

« Nous travaillons pour optimiser certaines de nos recettes afin de réduire la teneur en sucre tout en préservant le goût et la qualité du produit. » (Feriel Sebai, Responsable Marketing)

Dans les boissons, les industriels conçoivent des gammes aux formulations adaptées à différents marchés. Les produits enrichis en vitamines et minéraux répondent aux attentes des consommateurs.

Sur le terrain

IFRI (Algérie) : une offre qui s’élargit

Avec plus de 40 ans d’expérience, IFRI propose eaux minérales et pétillantes, jus, sodas, boissons isotoniques et énergisantes, notamment sous sa marque IFRUIT. Présente en Afrique, en Europe et au Canada, l’entreprise adapte son offre aux marchés internationaux.

« Nous collaborons étroitement avec des producteurs et industriels algériens afin de garantir la qualité et la traçabilité de nos matières premières. » (Salah Eddine Hassaine, Directeur Marketing Groupe)

Les fruits et légumes ouvrent aussi des débouchés au-delà du frais : jus, huiles et conserves prolongent la valorisation des productions agricoles.

Sur le terrain

Jumagro : une nouvelle valeur pour les productions locales

Relancé après plusieurs décennies d’arrêt, le complexe Jumagro développe la transformation de productions agricoles locales. L’unité d’huile d’olive peut produire 500 bouteilles d’un litre par heure, tandis que l’unité de jus affiche une capacité de 12 000 litres.

Mains tenant des olives fraîchement récoltées, valorisées en huile et en jus par les industriels algériens
Feriel Adidou, meilleure fromagère d'Algérie, à l'Agora des Experts de Djazagro autour des fromages

Les fromages algériens : un patrimoine qui se réinvente

Le fromage illustre la complexité de la transformation agroalimentaire : sa qualité repose sur la maîtrise de la coagulation, des ferments et de l’affinage.

L’Algérie possède des savoir-faire fromagers anciens, mais une contrainte demeure : la disponibilité du lait frais issu de la collecte locale. Celle-ci représente moins de 30 % du lait produit sur le territoire, dans un marché dominé par le fromage fondu à base de lait en poudre importé. L’artisanat fromager mise ainsi sur l’authenticité et les productions locales.

Quand le terroir devient une signature

Regard d’experte : « La maîtrise du lait et de ses mécanismes de transformation permet d’aborder chaque étape de la fabrication des fromages avec rigueur. Nous avons les savoir-faire et les ressources pour créer une filière artisanale forte, durable et reconnue, capable de valoriser le terroir et de séduire professionnels et consommateurs, en Algérie et à l’international. » (Feriel Adidou, Docteure vétérinaire, meilleure fromagère d’Algérie 2023, juge internationale et membre de la Guilde internationale des fromagers)

Une filière fromagère algérienne plus structurée, diversifiée et ambitieuse peut émerger :

  • Un savoir-faire scientifique au service de l’artisanat, fondé sur la microbiologie, la chimie du caillé et le comportement des ferments.
  • Une tradition qui retrouve une nouvelle génération, grâce aux techniques anciennes, notamment celles utilisant les fleurs de chardon, renouvelées auprès des jeunes générations, notamment grâce aux réseaux sociaux et aux maîtres fromagers qui les transmettent.
  • Le terroir qui est reconnu au-delà des frontières, comme dans le cas du Djben Lakfes, fromage traditionnel de Boussaada, qui a obtenu une médaille d’or lors d’une compétition internationale en 2023.

De la matière première au produit fini, une chaîne qui se donne rendez-vous à Djazagro

Minoteries, laiteries, biscuiteries, fabricants de boissons et fromagers partagent des besoins communs : des lignes de production performantes, des ingrédients fiables, des emballages adaptés et des équipes formées. Le chapitre suivant du livre blanc Djazagro s’intéresse justement aux ingrédients, aux arômes et aux additifs, et à la façon dont les ressources locales deviennent des solutions de formulation.

Les échanges avec Feriel Adidou et IFRI s’inscrivent dans la vie du salon, où les entreprises de la filière présentent leurs produits et leurs projets. L’Agora des Experts accueille chaque année des conférences et des ateliers, comme la dégustation de fromages algériens animée par Feriel Adidou.

La prochaine édition de Djazagro se tient du lundi 12 au jeudi 15 avril 2027 au Palais des Expositions d’Alger - SAFEX. Les fabricants de produits alimentaires et de boissons y retrouvent les fournisseurs d’ingrédients, de machines de process et de solutions d’emballage qui accompagnent la montée en capacité de la transformation locale.